AFRIQUE DU SUD - XÉNOPHOBIE : VOYAGE AU CŒUR DES CAUSES ET DES INTÉRÊTS EN JEUX

22 ans après la fin de l’apartheid, le pays du plus célèbre prisonnier politique du monde se transforme en une nation outrageusement xénophobe. Après avoir bénéficié de l’aide financière, humaine et militaire de nombreux États africains, qui leur a permis de venir à bout de la ségrégation raciale, les sud africains ont la mémoire courte. Oubliant d’où ils viennent.


Dalvarice Ngoudjou Journaliste / Géostratégie

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AU COMMENCEMENT ÉTAIT LE TRAFIC DE DROGUE
La vague de xénophobie qui frappe l’Afrique du sud depuis environ deux semaines a une cible clairement identifiée : Les étrangers africains, les Nigérians en particulier, sont pris à partie, leurs biens saccagés, brûlés par de jeunes noirs sud africains. Ils sont priés de rentrer chez eux, car occupant le job des Sud-africains. Ils seraient également à l'origine de la grande criminalité que connaît le pays. Faisant prospérer la prostitution. Ces violences xénophobes ne se produisent que lorsque ce pays est en proie à de graves difficultés économiques. Depuis 25 ans, que cette ancienne colonie britannique est dirigée par l'African national congress, (l'Anc), le principal parti politique, le rêve de la majorité noire, de voir ses conditions de vie changer radicalement, n'a été qu'une utopie.
Dans les faits, le pays est gangrené par la corruption qui a même atteint les plus hautes sphères de l'administration. Le président Jacob Zuma étant lui-même cité dans plusieurs dossiers sales, dont la fameuse affaire de sa résidence privée de Nkandla, rénovée en partie aux frais de l’État.

DES MANIFESTATIONS SAVAMMENT ORGANISES ET BIEN ORIENTÉES
Plus d’un millier d’habitants de Pretoria ont répondu à l’appel d’un très puissant et influent collectif d'habitants de Pretoria, ces personnes ont marché dans la matinée sur le ministère de l'Intérieur, accusant les immigrés de leur voler leur travail et d'encourager la criminalité.
« Les Nigérians sont très mauvais, ils répandent la drogue dans nos communautés », a dénoncé à afrik-inform.com une manifestante. Le passage du cortège a provoqué de vives tensions dans certaines rues. « Les gens disent que nous, les étrangers, nous vendons de la drogue. Personne ne pourrait vendre de la drogue ici », a protesté un Somalien, Mohamed Abdi, 31 ans.

Presqu’aphone depuis le début de la crise, le président Jacob Zuma est intervenu vendredi pour condamner les violences et appeler au calme. Il a toutefois reconnu l'existence d'un « gros problème » de criminalité dans le pays. Tout en veillant strictement à ne pas taxer cela d’actes xénophobes. Il a au contraire donné l’impression de comprendre et d’avoir même de la compassion pour les auteurs de ces actes odieux de xénophobie ; « Notre peuple ne peut plus continuer à vivre dans la peur comme ça », a ajouté le président sud africain.
Pourtant le principale partie d’opposition, l’Alliance démocratique (DA).

L’AMBASSADEUR D’AFRIQUE DU SUD AU NIGERIA CONVOQUE ET MIS EN GARDE PAR ABUJA
Ces vagues de violences, principalement dirigées contre leurs ressortissants n’ont pas laissé les autorités nigérianes de marbre et ont même suscité une crise diplomatique entre le Nigeria et l’Afrique du sud. Ainsi, Abuja a convoqué ce jeudi l'ambassadeur sud-africain pour lui faire part de sa « profonde préoccupation » et exiger des mesures de protection des « vies et des biens des étrangers ». Plus inquiétant, les étudiants nigérians ont défilé en représailles dans la capitale nigériane, particulièrement devant les sièges des entreprises sud-africaines. Leur ultimatum était claire : « Tous les Sud-Africains du Nigeria doivent partir sous quarante-huit heures, sinon nous ne serons plus en mesure de garantir leur sécurité », a menacé leur responsable, Aruna Kadiri.

LE PRÉSIDENT THABO MBEKI SE DÉMARQUE CLAIREMENT
L'ex président sud-africain, Thabo Mbeki contrairement à de nombreux hommes politiques sud africains n’est pas passé par quatre chemins pour critiquer et condamner cette vague de haine des étrangers noirs dans le pays qui se veut arc en ciel. Cet ancien dirigeant de l’Afrique du sud, investi depuis peu, comme nouveau recteur de l'Université d'Afrique du Sud (Unisa), la plus grande université d'Afrique, a exprimé sa profonde préoccupation suite à la marche anti-immigration qui a eu lieu à Pretoria, vendredi dernier.
« Ceux qui organisent et participent à ces attaques, qui doivent cesser, doivent savoir qu'il n'y a absolument rien de révolutionnaire, progressiste ou patriotique, acceptable ou qui rende service au peuple, et qu'en fait ce sont des activités criminelles », a-t-il affirmé.
La première grande vague de violence xénophobe a eu lieu pendant le magistère de Mbeki en 2008. Au moins 67 personnes avaient été tuées à la suite de violences contre les immigrants.


LE RÔLE DE MANDELA DANS LA CRISE ACTUELLE QUE TRAVERSE L’AFRIQUE DU SUD
Contrairement à l’imagerie populaire, avant la fin de l’apartheid et avant que Nelson Mandela n’en devienne le président, l’Afrique du Sud était comparable à un état communiste pur et dur, toutes les richesses et ressources stratégiques appartenaient à l’état. Quand Mandela arrive au pouvoir, il met de coté la charte de l’ANC qui préconisait la redistribution équitable des ressources du pays et cède pratiquement tout à la minorité blanche avec laquelle il négociait. Toutes les banques vont devenir privées, l’entreprise qui collecte les taxes, la SARS privée à plus de 60%, la banque centrale, réserve Bank privée à 99%, les mines, les entreprises d’états, les terres appartenant aujourd’hui à plus de 76 % à la minorité blanche, moins de 10 % de la population.
Et pour mieux fragiliser le pays, l’on a demandé à Nelson Mandela de détruire les deux sites de bombes atomiques que possédait alors l’ Afrique du sud : le premier était prêt, et le second en construction ; Il ira plus loin en légalisant le mariage homosexuel bien avant les nations européennes telle que l’Angleterre et la France, ensuite l’avortement. En guise de remerciement, les anglais lui assureront la construction d’un monument au Parliament Square de Londres.
Thabo Mbeki sera clair après la mort de Mandela :’’Nelson Mandela appartenait aux blancs’’.
L’Afrique du sud aujourd’hui est le pays au monde avec le plus grand taux d’inégalités sociales, le pays a pratiquement devancé le Brésil de très loin et ce en faveur des blancs. Desmond Tutu a payé le prix fort après avoir dénoncé cette situation. Voilà qui va accroitre la vulnérabilité des sud-africains.
Cette vulnérabilité, qui contribue à l’oisiveté des millions de jeunes est justement le terreau fertile, sur lequel poussent ces mouvements xénophobes actuels, tirés dans l’ombre par les puissances de la minorité blanches qui veut montrer aux yeux de tous que les noirs ne peuvent pas diriger l’Afrique du sud avec succès.