CAMEROUN : CARNAGE SUR LES RAILS- BOLLORE SUR LE BANC DES ACCUSES

Héritées pour la plus part de la colonisation, les voies ferrées d’Afrique sub-saharienne sont aujourd’hui dans un piteux état, à l’exception du réseau sud-africain. Dans les années 1990, la majorité des Etats ont cédé la gestion des entreprises nationales à des sociétés privées, souvent européennes. Avec des résultats mitigés : le fret ferroviaire africain ne représente que 7 % du volume global et le trafic de passagers sur le continent ne compte que pour 2 % des déplacements mondiaux. Le Vendredi 21 Octobre sera fatalement la date la plus sombre de l’histoire du rail au Cameroun. Plus de 600 morts affirment les victimes ayant vécus la scène in situ a ESEKA localité situé a 117km de Yaoundé soit 2h-7mn, et à 169km de Douala soit 2h41mn de route.

 

GUY HERVE FONGANG

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Bolloré et la malédiction du rail

Il est environ 11heures, quand le train inter-city quitte la gare de Yaoundé avec prés d’une heure de retard. Douala- Yaoundé étant inaccessible par route. Du fait du fait de la rupture d'une buse à l’axe lourd, dans la localité de Manyaï peu avant matomb. Du bain béni pour Camrail qui ipso facto rajouta 08 wagons de plus pour satisfaire à cette demande exponentielle. Conséquence : 16 voitures sont rattachées à la locomotive. À 7 km de Éséka, panne de freins la locomotive n’est plus contrôlable. Deux voitures se détachent. Quelques minutes après, 07 autres wagons suivent cette fois à l'entrée de la ville d’Éséka au lieu dit quartier Météo. En attendant les conclusions de l’enquête, les rumeurs les plus folles continuent d’agiter l’opinion. Des passagers pointent la vitesse excessive du train, et de surcharge. Les Wagons affirment un témoin à Afrik-inform était au summum de la surcharge. Certains parlent de 3000 passagers. Rescapé miraculé de cette tragédie Patrick Goldman journaliste comme beaucoup d’autres victimes affirme être partie à 18h30mn sans avoir aperçu le moindre dispositif de secours. Tout en déplorant l’indifférence de Camrail.

Outre, le 6 septembre dernier « un train de marchandises de 21 wagons, parti d’Abidjan pour le Burkina Faso, s’était affaissé au niveau d’un pont au Centre de la Côte d’Ivoire. Quelques jours auparavant« c’était à Banfora, au Faso qu’un autre train-marchandise, s’était précipité dans le ravin d’un pont ». Symbole de la souveraineté économique et d’intégration nationale. La cession de la gestion du rail à ce groupe français apparaît dès lors comme un triste retour au passé : au néo colonialisme.

 

Bolloré le géant aux pieds de Roc

Concessionnaire de la société de chemin de fer Camrail depuis 1999 (jusqu’en 2034), il a obtenu la concession du terminal à conteneurs du port de Douala en 2005 (jusqu’en 2020). La gestion de l’ensemble des flux de production d’aluminium produit à l’usine d’Edéa, gérée par le géant canadien Rio Tinto-Alcan, la logistique de la construction du pipeline Tchad-Cameroun, opéré par Exxon-Mobil, et la logistique « door to door » pour le compte de Total font partie des « références » camerounaises dont se flatte le groupe sur son site internet. S’il a abandonné les chantiers forestiers après avoir participé, selon certaines ONG, au « pillage » de la forêt camerounaise, le groupe gère toujours un parc à bois, grâce à sa Société d’Exploitation des Parcs à Bois du Cameroun (SEPBC). Il contrôle par ailleurs d’immenses plantations, soit directement, via Safacam qui exploite 8 400 hectares de palmiers à huile et d’hévéas, soit indirectement, via la société belge Socfinal qui gère 31 000 hectares de palmiers à huile dans le pays. La cession de secteurs stratégiques des économies nationales africaines par le biais des privatisations, ne peut qu’inciter une partie des Africains et des Camerounais à considérer l’intrusion de Bolloré comme une forme de néo-colonialisme.

Germinal sous les tropiques 

Dans les plantations industrielles récupérées par le groupe Bolloré les conditions de travail y étaient inhumaines il y a soixante-dix ans. Comme l’a rappelé dans son autobiographie l’ancien syndicaliste Gaston Donnat, qui vécut au Cameroun dans les années 1940, des villageois étaient désignés par les chefs traditionnels, sur ordre des administrateurs coloniaux, pour être déportés vers les plantations, corde aux cous et encadrés par des miliciens. Retenus prisonniers et toujours surveillés. Au regard de ce passé douloureux, Bolloré cristallisait beaucoup d’’espoir. En dix ans de concession un tiers des trois mille six cents salariés de la Camrail ont été licenciés. Les leaders syndicaux de Camrail durent subir des infiltrations patronales, des mutations forcées, des licenciements punitifs.

La situation n’est pas meilleure dans les plantations de la Société camerounaise des palmeraies (Socapalm), ancienne société publique, privatisée en 2000 et détenue depuis à 38,75 % par Bolloré, via le groupe belge Socfinal. Les syndicats reprochant entre autres au groupe « le limogeage en série des cadres camerounais au profit des cadres Belges », les grèves et protestations se multiplient. 

Outre, dans la plus grande plantation de palmiers à huile du Cameroun, à Kienké, on assiste même, selon Libération, à « un Germinal sous les tropiques ». Des milliers d’ouvriers y travaillent, six jours par semaines, sans couverture sociale et sans même de gants, pour 22 francs CFA par régime de 15 kg récolté. Les plus privilégiés peuvent de cette façon gagner 53 euros par mois.

Bolloré a conservé ses exploitations de palmiers à huile malgré le recentrage de son groupe sur le secteur des transports et de la logistique. Misant sur les agro-carburants, censés servir dans un avenir proche de substituts « écologiques » aux énergies fossiles. Les plantations de palmiers à huile du groupe au Cameroun (Socapalm, Safacam, Ferme Suisse), ne cessent de s’étendre, provoquant l’expulsion des populations. Mettant en danger la souveraineté alimentaire des populations, l’expansion des plantations et le détournement de l’huile de palme pour la fabrication d’agro-carburants menacent aussi l’environnement. L’usine installée dans la plantation de la Socapalm à Kienké rejette ainsi une huile souillée, probablement mélangée à des produits chimiques, qui se déverse dans les cours d’eau environnants.