CAMEROUN : VERS LA CREATION D’UNE COMPAGNIE D’EVACUATION SANITAIRE!

 L’évacuation sanitaire de l’ex capitaine des lions indomptables du Cameroun Rigobert Song victime d’un AVC fait un véritable ramdam médiatique depuis  plus de 48h. Loin d’être un cas isolé, quelques hauts fonctionnaires et quelques privilégiés bénéficient régulièrement de cette opportunité. Le chef de l’Etat du Cameroun s’est engagé en 2008 à moderniser le plateau technique de certaines structures hospitalières de référence du pays. Engagement  traduit par le lancement des centres d’hémodialyse et de dialyse. Malgré toutes ces dispositions, le nombre d’évacuations sanitaires vers l’étranger est crescendo. Charles Ateba Ayene, Pius Ottou, Abel Eyinga… du fait de cette non évacuation sanitaire sont finalement morts. L’hôpital serait plus malade que les patients manifestement.

Guy Hervé Fongang

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Etat démissionnaire

Dans la sous-région, le Cameroun a des spécialistes de renommée internationale dans plusieurs disciplines médicales, ce qui a priori faciliterait les prises en charges. C’est un  scandale de constater que prés de 50 ans après les indépendances, il faut continuer à se faire évacuer. Un AVC se gère ou ne se gère pas bien dans les 24h qui suivent sa survenue. La seule chose qui  justifierait l’évacuation de l’ancien capitaine des lions est qu'un avion médicalisé l’attendait. Le moteur et turbines tournant à plein régime sur le tarmac de l'aéroport au moment où sa crise est survenue! Mais pour le cas d’espèce, il faut attendre encore 48h. Pour Françoise Foning on avait attendu 7 jours finalement elle en est morte. Le Cameroun dispose pourtant d'un centre hospitalier spécialisé dans la prise en charge des pathologies cardiaques. Il s'agit de la SHISSONG CARDIAC HEALTH Center, Hôpital de référence spécialisé dans les chirurgies cardiaques. Cet hôpital à caractère confessionnel a été inauguré en 2009 par l'actuel ministre de la santé publique André Mama Fouda, fruit de la coopération bilatérale entre le Cameroun et l'Italie. Situé dans la région du Nord ouest, il demeure jusqu'ici le seul centre d'intervention chirurgicale des pathologies cardiaques de l'Afrique centrale et de l'ouest.

L’Etat aux abois
En prélude au lancement d’une semaine d’opérations chirurgicales au profit de onze enfants démunis souffrant de cardiopathie, le ministère de la Santé déplorait en 2015 que l’évacuation sanitaire est non seulement « difficile à organiser » mais aussi « coûteuse (10 millions de francs Cfa en moyenne). » Pour la destination France, par exemple, c’est environ 3 000 euros/jour (près de 2 millions FCFA) contre peut-être 2 000 euros/jour (plus de 1,3 million FCFA) si c’est la Belgique… », .nous confie  un médecin ayant l’habitude de ces pratiques. Dans les cas où le malade se trouve déjà dans une situation critique, d’autres frais non moins vitaux sont en prendre en compte : ceux liés au transport et à « la civière ». A bord de la compagnie Air France, cette « civière » équivaut à six places et coûtera quelques 14 millions de FCFA, contre environ 7 millions FCFA sur Tunis Air ou Royal Air Maroc pour huit places, rapporte le même interlocuteur.

L'argument médical Démission ou snobisme des états africains

L’argument selon lequel l’Afrique manque de plateaux techniques inadéquats, n’est pas défendable cinquante ans après les indépendances. Des pays comme le Maroc, la Tunisie, ont fait de leur politique de santé, une priorité au point que l’Afrique au sud du Sahara est contrainte de constater qu’elle a encore du chemin à faire.  Prétexter du mauvais niveau du plateau technique, c’est faire preuve de mépris pour son peuple. Cela reviendrait à dire que le peuple peut se contenter de ce qu’il a, pour ses soins, l’essentiel étant que les gouvernants et quelques privilégiés puissent s’offrir le luxe d’aller faire leur check-up à l’étranger. Cela dit, ce réflexe du recours à l’étranger, ne saurait avoir pour seule explication «l’indigence» du plateau technique. L’argument souvent brandi est la crainte de l’exposition du secret médical.