CAMEROUN,PAUL BIYA: L'ART DE RÉGNER ET DE GOUVERNER.

 Le président camerounais une fois de plus, vient de surprendre avec des décisions fracassantes prise de retour d’un de ses multiples « brefs » séjours privés en Europe. Par une nomination et le renvoi d’un projet de loi, il le rappelle à ceux qui avaient tendance à l’oublier : il est le véritable maitre du jeu politique et administratif du Cameroun. Il a le temps présidentiel.

Habib Hassana

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Condamnée à 25ans de prison  Maître Lydienne Eyoum vient de recevoir une grâce présidentielle. Marquant ainsi la fin d'un long feuilleton qui a longtemps fait les choux gras de la presse. Liberation intervenant quasiment un an après la visite du président français François Hollande qui avait alors émis le voeux de voir cette avocate française libérée. En fin de semaine dernière, la présentatrice Bandiné Oumar du Journal radiodiffusé de fin d’après midi sur la CRTV (Cameroon Radio Television) la chaine nationale camerounaise est interrompue et se voit obligée par des envoyés de la Présidence de la République de lire un texte présidentiel qu’elle découvre en même temps que des millions d’auditeurs camerounais. Au fil de la lecture, l’émotion est vive, la voix se fait tremblante, elle annonce la nomination d’un nouveau patron à la tête de l’office de radio et télévision qui l’emploie. 

Charles Pythagore Ndongo, journaliste émérite bien connu de la scène médiatique camerounaise et pur produit de l’office est promu au rang de Directeur Général de la CRTV dont le siège est une tour de verre située au quartier Mballa II à Yaoundé. Il remplace à ce poste Amadou Vamoulké, pourtant adoubé pour « sa gestion exemplaire et son management irréprochable » par un conseil d’administration tenu  il y a moins d’un mois.

En portant Charles Ndongo jusque là Directeur Central de la télévision (sans aucun pouvoir de décision ni pouvoir de signature, véritable humiliation pour ce journaliste brillant) à la tête de la Tour de Mballa II, Paul Biya désavoue ces conseils d’administration fantoches des entreprises d’état qui ont l’habitude de reconduire les directeurs généraux sans véritablement passer au peigne fin leur gestion. Amadou Vamoulké qui est débarqué alors qu’il est en mission de travail en Chine en fait l’amère expérience. Il ne suffit apparemment pas de plaire au conseil d’administration qui fermera les yeux sur le retrait du signal de la CRTV des satellites, les marchés fictifs, les retransmissions complètement ratées des sorties et discours du chef de l’état, ou des matches des Lions Indomptables pour se maintenir à ce poste. 

Ce véritable coup de tonnerre passé avec dans la foulée d’autres nominations comme celle d’Aminatou Ahidjo la fille de l’ex président Amadou Ahidjo comme présidente du Conseil d’Administration, on aura appris que Paul Biya renvoyait en relecture devant le parlement le projet de loi du nouveau Code Pénal.

L’Assemblée Nationale, malgré le boycott de la totalité des députés d’opposition et même de certains autres du parti au pouvoir le RDPC avait pourtant adopté ce projet de loi à une large majorité avant de le transmettre à la chambre haute du parlement, le Sénat qui lui aussi confirmera cette adoption pour promulgation par le chef de l’état. 

Il faut se souvenir que ce projet de Code Pénal n’a pas recueilli le soutien des praticiens du droit, les avocats dont certains s’étaient déjà rassemblés pour une marche de protestation dans le Nord Ouest du pays, à Bamenda. Le bâtonnier de l’ordre des avocats s’était même fait quasiment traiter d’idiot par le garde des sceaux qui défendait le projet de loi devant les parlementaires. Une attitude qui a rendu les avocats menaçants, au point d’envisager une saisine du président de la république pour contester notamment des dispositions qui consacrent l’immunité absolue des membres du gouvernement, l’apparition de nouveaux délits mineurs sanctionnés par des peines de prison alors qu’il est question de désengorger les prisons, la non concordance entre les versions française et anglaise du code  etc… 

Paul Biya, dans ce match entre le ministre de la justice garde des sceaux et les praticiens du droit tire les ficelles dans l'ombre. Un jeu trouble qui pourrait s'apparenter à un désaveu du ministre de la justice. Quand on sait la hargne qu’il mit à faire adopter en l’état ce code pénal à problèmes qu’on se plaisait déjà à appeler Code Penal Esso.

Outre, en rejetant ce projet de loi, Paul Biya désavoue ses députés et sénateurs qui appliquent aveuglément les consignes de vote émises par le secrétaire général Jean Nkuete, mais il désavoue aussi les présidents des deux chambres Cavaye Yeguié Djibril et Marcel Niat tous membres du RDPC. Ceux-ci sont les têtes de proue d’une politique basée sur la non contestation de quelque projet de loi que ce soit, faisant du sénat et de l’assemblée nationale deux chambres d’enregistrement et des caisses de résonnance du RDPC dont la plupart des pontes se retrouvent cités ou inculpés dans des affaires de prévarication des deniers publics. D’où peut être leur tendance à réclamer l’immunité.

Certains observateurs, avec ces  décisions, estiment que Paul Biya a tenu à envoyer un signal fort à ceux qui le pensaient fatigué, aveugle, sourd et muet dans sa conduite des affaires du Cameroun. En un après midi, il replace ses pions (Charles Ndongo étant un fidèle des fidèles et les rumeurs d’une élection présidentielle anticipée se faisant pressantes), règle ses comptes et s’attire la sympathie de ses plus fidèles opposants et de la population camerounaise. Qu’on l’aime ou pas, Paul Biya reste donc le big boss au Cameroun.