Culture

La cérémonie de récompense des acteurs de la culture organisée par la première chaine de télévision privée du Cameroun vient de livrer son verdict, ce 04 Mars. Si l’organisation a vu et fait les choses en grand, se projetant résolument vers une aura africaine de l'acabit des Kora, la réalisation quant à elle ne s’est pas faite sans mal.

Par Habib Hassan

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Tout le monde est d’avis que l’événement dans son décor depuis l’extérieur « était beau, les couleurs chatoyantes. Simple et épurée, la scène donnait envie ». Pour ceux qui comme nous ont fait le déplacement du Palais des Congrès de Yaoundé, ils ont été impressionnés par tous les modules de grande qualité (tapis rouge, accueil royal, bar, fast food, cabaret lounge, salon vip…) mis en place avant d’accéder à la salle proprement dite… Mais pour savoir ce qui s’est passé lors de cette (longue) soirée, un tour sur les murs des comptes Facebook de certains observateurs avertis de la chose culturelle, généralement des hommes de médias s’imposent. Martin Camus Mimb, journaliste commentateur sportif de renom et promoteur d’une radio à Douala avoue que ce qu’il a vu « est un IMPRESSIONNANT déploiement », ce qui fait des Canal 2’Or « de loin, le plus grand évènement culturel du Cameroun, Festival National des Arts et de la Culture y compris, avec décor et scène très corrects ». Pour lui, Canal 2 International a parfaitement réussi son coup avec par exemple « le village aux Cascades du Mfoundi, des nominés bien logés et en faisant de la soirée "The place to be’’ »...

L’ancien animateur radio Blando Tchatchoua estime par exemple que la présence de la première dame camerounaise Chantal Biya, « belle et pétillante, simple et spontanée, a été la belle lumière » de cette soirée, et lui dresse une « mention spéciale ». Abdelaziz Moundé dit avoir trouvé la première dame « Mme Chantal Biya fort sympathique, très en couleurs, plutôt enjouée, donnant l'air, sans faux semblant, de se plaire dans l'écrin des Awards du Palais des Congrès. De vibrer même, dans cette cérémonie à la durée inhabituelle ». Martin Camus Mimb qui milite pourtant pour un retour de cette cérémonie à Douala trouve que la « Première Dame à elle seule, est une attraction pour cette soirée qu'elle illumine...par ses pas de danses...ses selfies (autoportrait avec tout le public du Palais de Congrès de Yaoundé) et finalement son implication émotionnelle de bout en bout » reconnait que « se déplacer à Douala, sera aussi perdre ce rayon lumineux ».

Force est donc de constater d’après Blando Tchatchoua que les Canal 2’Or (lire Canal d’Or) ont le mérite de « la constance et la mobilisation. Rendu à la 11ème édition, aucun autre événement de cette envergure ne fait mieux. C'est le seul événement dans notre pays qui mobilise autant de people, dont la plus importante de tous: la Première Dame » (qui n’aura pas hésité à essuyer les larmes d’un lauréat), avec pour conséquence d’être un pic incomparable en matière d’audience tv au Cameroun.

Autre point positif, les récompense en elles-mêmes qui font qu’ Abdelaziz Moundé adresse « Honneur, couronnes, bulles exquises et félicitations aux lauréats du soir avec une mention spéciale à ces vieux de la vieille dont Ange Ebogo Emerent et Moni Bilé, la solaire Grace Decca, la jeune garde à l'immense potentiel, renouvelant les genres et redorant pour beaucoup le lustre de cette musique camerounaise que les anciens avaient hissé au sommet. Comment oublier l’ébouriffant Meiway ? Un trésor de scène ! Yako, consolation à tous ceux qui repartent sans la boule dorée. Stay focus and still work hard ! On va gérer* »... (*un clin d’œil à l’artiste Mister Leo, autre lauréat de la soirée dont cette expression est le titre d’une de ses chansons à succès).

Cependant, il faut noter que l’incompréhension sera apparue lors l’attribution de certains prix (prix d’encouragement à Indira, musique folklorique à Dj Gérard Ben, prix spécial à Barbara Kanam, Meilleur artiste africain à Fere Gola), des récompenses qui néanmoins ont d’après Martin Camus Mimb consacré « la nouvelle vague des musiques dites urbaines et envoyé les rythmes classiques...Makossa, Bikutsi...Bend Skin à faire valoir leurs droits à la retraite », et avec pour preuve inquiétante « qu'aucun album Makossa ou Bikutsi n'a réussi à faire danser les mélomanes sur deux ans ». Une biennale à problème qui « fait perdre sur la route beaucoup d'émotions et de célébration. Franko par exemple, aurait arraché un minimum de trois distinctions si les Canal 2'OR avaient eu lieu l'année dernière et le public aurait mieux digéré que TENOR qui a électrisé toute cette salle du Palais des Congrès, rentre bredouille...sans Canal 2'OR ».

Autres points noirs de la soirée, d’après Blando Tchatchoua, la longueur extraordinaire du show « 7 heures d'horloge (19H - 02H) et trop de lourdeurs: une infinité d'artistes en prestation (au moins 12) » à se demander si on était en concert ? Mais tous ceux qui ont regardé le show à la tv sont unanimes sur un fait, la réalisation de ce spectacle télévisé n’aura pas comblé toutes les attentes. La régie vidéo qui n’était pas toujours synchrone avec le spectacle, et le son délivré chez les téléspectateurs. Blando Tchatchoua attribuera par exemple une « Mention nulle pour la gestion du son. Aucun son d'ambiance dans la salle et le réglage catastrophique du micro de Pascal Pierre », sans oublier la présentation en deux duos de présentateurs, « too much. Pour quel objectif? La promotion du Bilinguisme? Il fallait donc un second anglophone même si je suis persuadé qu'un seul duo bilingue de présentateurs aurait fait l'affaire ».

Mais au final, on retiendra des Canal 2’Or 2017 qu’ils ont l’espace d’un soir mis beaucoup d’émotion dans les cœurs des camerounais et de leurs téléspectateurs dans le monde. Martin Camus Mimb leur attribue une note de 14/20 et Blando Tchatchoua, devant les larmes d’émotion de Dynastie Le Tigre avoue lui aussi avoir pleuré mais souhaite que le collège de professionnels qui gère cet événement sache rebondir. Vivement la 12e édition en 2019 !