Culture

DEVOIR DE MEMOIRE : LEOPOLD SEDAR SENGHOR CHANTRE DE LA NEGRITUDE, SOCIALISTE AFRICAIN

Ce 20 décembre le monde entier célèbre le quinzième anniversaire de la mort de Léopold Sedar Senghor. La poésie a ainsi perdu un maître, le Sénégal un homme d’Etat, l’Afrique un visionnaire. Il est élu à l’Académie française en 1983. Premier Africain à siéger parmi les « Immortels », le surnom par lequel les Académiciens français sont désignés. Premier président de la république du Sénégal (1960-1980). Cofondateur du mouvement de la négritude avec Aimé Césaire, il a réussi le difficile pari d’être à la fois un défenseur des lettres de son ancienne métropole et le porte-drapeau de l’âme « nègre ». Il s'éteint en Normandie le 20 décembre 2001

Bianca Fatou

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La négritude

Le nom de Léopold Sedar Senghor est indéniablement attaché au concept de la négritude qu’il définit entre autres comme « une volonté d’assumer les valeurs de civilisation du monde noir, de les vivre soi-même, après les avoir fécondées et actualisées » Senghor reconnaît le fait que l’identité culturelle africaine peut et doit être préservée sans que cela nuise aux échanges avec les autres cultures, car c’est dans ces relations que le monde s’enrichit. C’est dans les colonnes de L’Étudiant noir, en 1934, que Senghor propose le concept de négritude une définition qui prolongeait celle d’Aimé Césaire : « La Négritude, c’est l’ensemble des valeurs culturelles du monde noir, telles qu’elles s’expriment dans la vie, les institutions et les œuvres des Noirs. Je dis que c’est là une réalité : un nœud de réalités ». En 1948, il publie l'Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache de langue française. La préface de Jean-Paul Sartre « Orphée noir », avait connu un retentissement considérable et contribué à donner au mouvement de la négritude une audience internationale. Avant d'être un homme politique, Léopold Sedar Senghor était un poète, un intellectuel et un personnage universel, avec une vision africaine. Tous les problèmes de l'Afrique étaient présents dans ses poèmes. "Hosties noires", "Le totem", "Masque nègre", "Lettre d'hivernage", "L'ouragan", "Femme noire". Poète moderne, il a brossé dans ses recueils le portrait de cette Afrique contemporaine, empêtrée dans ses contradictions. L'Afrique était à son sens une terre de tolérance. Avec ses poèmes, il est toujours revenu sur la question de négritude, en confrontant deux univers : L'Occident, foyer de la civilisation contemporaine et l'Afrique blessée dans son honneur propre.

Son engagement politique (1945-1960)

Lancé en politique par son compatriote le socialiste Lamine Gueye, il devient député du Sénégal à l’Assemblée nationale française. Prônant un « socialisme africain » combinant technologies occidentales et traditions africaines, il devient très populaire auprès des Sénégalais, qu’il séduit par son éloquence, et fonde son propre parti, le Bloc démocratique sénégalais, en 1948. Partisan d’une confédération des anciennes colonies françaises d’Afrique, il voit son rêve brisé par la Communauté de 1958, qui conduit à l’indépendance, mais dans la division. La Fédération du Mali qu’il met sur pied se réduit à deux pays et éclate au bout d’un an, ce qui amène en 1960 à la proclamation de la république du Sénégal, dont il devient le président. Il partage d’abord le pouvoir avec son premier ministre Mamadou Dia, trop à gauche pour cet homme de compromis. En 1962, il le fait arrêter et ne lui donne pas de successeur. Le régime devient dès lors de plus en plus personnel et le multipartisme est interdit. Mais Senghor doit affronter, à la fin des années 1960, une agitation sociale et estudiantine qui le conduit à négocier à partir de 1970. Après vingt années d’exercice du pouvoir, il présente sa démission le 31 décembre 1980, en faveur de son premier ministre Abdou Diouf, dont une réforme constitutionnelle de 1976 faisait automatiquement le nouveau président. Il se consacre dès lors à son œuvre littéraire et à la mise sur pied d’une Interafricaine socialiste. En 1980, il démissionne en faveur de son premier ministre Abdou Diouf.

 

Le poète et le penseur

Fréquentant les milieux antillais de Paris, Senghor ne cesse de s'interroger sur sa « négritude », c'est-à-dire sur la spécificité de l'identité africaine. C'est ainsi qu'en 1934, avec le Martiniquais Aimé Césaire et le Guyanais Léon Gontran Damas, il fonde la revue contestataire L'Étudiant noir, qui remet en question la colonisation et exerce un véritable activisme culturel en faveur de la civilisation africaine. En 1935, alors qu'il effectue ses obligations militaires, il passe avec succès l'agrégation de grammaire, à sa seconde tentative. Séduisant les populations sénégalaises par son talent oratoire, il développe une philosophie politique composite, associant la « négritude », qui valorise la contribution de l’homme noir à la civilisation universelle, à un « socialisme africain » combinant le meilleur des technologies occidentales et des structures communautaires africaines, et dont les coopératives villageoises qui marient traditions africaines et valeurs démocratiques. Ses poèmes, essentiellement symbolistes et incantatoires, enracinés dans « le Royaume d'enfance » et ses « forêts de symboles », s'inspirent des rythmes traditionnels africains, car « la poésie est chant, sinon musique ». Ils sont portés par l’espoir de créer une Civilisation de l’Universel, fédérant les traditions par-delà leurs différences. Ses œuvres comportent également des essais et des conférences dont la plupart sont rassemblés dans les cinq volumes de Liberté (1964, 1971, 1977, 1984, 1993). Ce que je crois (1988) trace le bilan d'une vie d'exception animée par la foi dans la poésie. Il définit la Francophonie, comme : « un Humanisme intégral qui se tisse autour de la terre », ce qui l’amène à théoriser un idéal de francophonie universelle qui serait respectueuse des identités, et à imaginer une collaboration avec les autres langues latines. Celui qui se définit comme un « métis culturel » aime aussi répéter que« le métissage est l'avenir de l'homme ».